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HISTOIRE DU GRAND SÉMINAIRE DE MONTRÉAL

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LA MISSION DE LA MONTAGNE

Vers 1675, à la demande d’Autochtones qui se trouvaient à la mission Saint-François-Xavier, fondée par les Jésuites à La Prairie en 1667, les Messieurs de Saint-Sulpice créèrent une mission d’évangélisation sur le versant sud-ouest du mont Royal. Elle fut connue dès lors sous le nom de « Mission de la Montagne ».

Dans les années 1680-1690, la mission regroupa des Algonquins, des Iroquois, des Hurons, des Népissingues, des Loups, des Panis. Les familles formaient une communauté qui comprenait entre 200 et 220 personnes. Les missionnaires se donnaient pour but de christianiser ces populations tout en les sédentarisant et les instruisant dans la langue et les coutumes du pays. Les prêtres se chargèrent de l’éducation des garçons et firent appel à la Congrégation de Notre-Dame pour instruire les petites filles.

En 1681, le sulpicien François Vachon de Belmont (1645-1732) prit la direction de la Mission de la Montagne. Né dans une famille de la noblesse de Grenoble (France), ce sulpicien avait reçu une éducation classique et obtenu un baccalauréat en théologie de la Sorbonne, à Paris, avant d’être ordonné prêtre à l’âge de 36 ans. Dès son arrivée à la montagne, il réorganisa la mission en renforçant son appareil défensif, en y développant l’agriculture (jardins potagers, vignes, vergers) et en donnant une orientation plus pratique à l’enseignement qu’on y destinait aux enfants.

En 1684-1685, Belmont fit remplacer l’ancienne palissade en pieux par une construction en maçonnerie dont il avait lui-même dressé les plans. Ce fort en pierre dessinait au sol un grand rectangle dont les bastions aux angles prenaient la forme de tours à toit conique. Au centre de l’enceinte se trouvaient la maison des missionnaires, une église et une étable.

En 1694, un incendie causé par un Amérindien enivré détruisit une bonne partie du village. Deux ans plus tard, les missionnaires décidèrent de déplacer la mission afin d’éloigner les Autochtones des réseaux du commerce de l’eau-de-vie. Ils choisirent de l’établir au Sault-au-Récollet, sur la rive sud de la rivière des Prairies (site de la future paroisse de La Visitation), et entreprirent d’y construire un fort (le Fort Lorette) et d’y relocaliser les familles amérindiennes. Le déménagement fut complété vers 1705. Une vingtaine d’années plus tard, la mission fut déplacée de nouveau. Elle alla s’établir cette fois sur la rive nord du lac des Deux-Montagnes (future localité d’Oka), où elle demeura jusqu’au moment de sa dissolution, dans le dernier quart du XIXe siècle.

UN DOMAINE AGRICOLE ET UN LIEN DE REPOS POUR LES PRÊTRES     

Au XVIIIe siècle, le terrain de l’ancienne mission sulpicienne remplissait une fonction agricole avec ses prairies, ses jardins potagers, ses vergers, ses vignes, d’où l’on tirait le cidre et le vin pour les besoins de la communauté. Des terres y étaient louées également à des fermiers.

Dans ce qui restait de l’ancien fort de la montagne, la résidence des missionnaires subsistait toujours. Elle servait désormais de résidence d’été pour les prêtres qui habitaient au Séminaire de Saint-Sulpice, sur la rue Notre-Dame. À cette fin, elle fut agrandie à quelques reprises avant d’être finalement démolie vers 1860, peu après la construction du Grand Séminaire de Montréal.

LE GRAND SÉMINAIRE DE MONTRÉAL

Quatre ans après la création du diocèse de Montréal en 1836, Mgr Ignace Bourget, deuxième évêque de Montréal, demanda aux Sulpiciens d’assurer la formation des prêtres en fondant et dirigeant un grand séminaire. Pour ce faire, ces derniers installèrent d’abord des classes dans une partie de leur Petit Séminaire, une école primaire et secondaire qui était alors située sur la rue Saint-Paul ouest.

Constatant bientôt que le bâtiment était trop petit pour servir à la fois d’école et de grand séminaire, les Sulpiciens demandèrent à l’architecte John Ostell (1813-1892) d’agrandir leur propre séminaire sur la rue Notre-Dame. La construction y débuta, mais fut arrêtée subitement lorsqu’on réalisa quelle perte ce serait de voir disparaître ce bâtiment qui était déjà deux fois centenaire. On se tourna alors vers le domaine de la montagne.

En y débutant les travaux en 1854, John Ostell commença par faire abattre ce qui restait des vieilles murailles du XVIIe siècle. Heureusement, on pensa alors à sauvegarder deux tours de l’ancien fort, les seuls vestiges qui sont restés jusqu’à nos jours pour témoigner la défunte Mission de la Montagne. Trois ans plus tard, le Grand Séminaire de Montréal ouvrait ses portes dans un vaste bâtiment de style néoclassique.

LE NOUVEAU DÉCOR DE LA CHAPELLE DU GRAND SÉMINAIRE     

Au début du XXe siècle, la chapelle du Grand Séminaire, qui avait été consacrée en 1864, était devenue trop petite pour les besoins grandissants de l’institution qui accueillait alors des centaines de séminaristes venus de tous les coins du Canada et des États-Unis.

La firme Marchand & Haskell, de Montréal et New York, fut chargée d’agrandir la chapelle et de repenser entièrement son décor intérieur. Les deux associés, l’architecte montréalais Jean-Omer Marchand (1872-1936) et l’architecte américain Samuel Stevens Haskell (1872-1913), venaient à peine de terminer leurs études à l’École des beaux-arts de Paris.  Ils entreprirent ce premier contrat montréalais en 1904 et le terminèrent en 1907. Leur chapelle, d’inspiration Beaux-arts, reprend le modèle basilical de l’époque romane tout en le modernisant. Tous les éléments du décor s’y accordent en fonction d’un même programme ornemental, depuis les poutres apparentes de la charpente du plafond jusqu’au plancher en mosaïque, en passant par les vitraux et les bas-reliefs qui ornent les murs. Les architectes ont misé sur la qualité des matériaux (la pierre de Caen, le marbre de Bordeaux, le chêne canadien) pour créer un espace aux lignes sobres et dépouillées qui en impose par sa monumentalité.

Dans la nouvelle abside du chœur, une toile signée Joseph Saint-Charles (1868-1956) donne à voir La Présentation de Marie au temple,  le thème patronal des Sulpiciens qui est célébré le 21 novembre.

UN ORGUE UNIQUE À MONTRÉAL

En 1990, à l’occasion du 150e anniversaire du Grand Séminaire de Montréal, la chapelle fut dotée d’un nouvel orgue construit sur mesure par les facteurs d’orgues Guilbault-Thérien, de Saint-Hyacinthe, grâce à la généreuse contribution d’un donateur anonyme.
Ce grand orgue de 16 pieds, à traction mécanique et soufflerie cunéiforme de 39 jeux, s’inspire d’un instrument français du XVIIIe siècle. Son buffet, en chêne massif, a été dessiné par les architectes Claude Beaulieu et Gilles Lavigueur, d’après les traités de Dom Bédos de Celles (1709-1779) et de François-Henri Clicquot (1732-1790). Neuf sculptures en bois polychrome y sont intégrées. Huit d’entre elles ont été réalisées à Gand, en Belgique, à la fin du XIXe siècle. Elles proviennent de la défunte église Sainte-Anne (démolie en 1970), dans le quartier Griffintown. La neuvième statue est une œuvre contemporaine du sculpteur Jean Dutin.
Tous les ans, au mois d’octobre, le festival Les couleurs de l’orgue français, présidé par monsieur Yves Préfontaine, titulaire de l’orgue de la chapelle du Grand Séminaire de Montréal, y offre une série de concerts dominicaux qui sont ouverts au grand public.